Il est minuit lorsque, le 25 avril, retentissent sur les ondes de la radio portugaise les premières notes de "Grândola Vila Morena". Cette chanson de Zeca Alfonso, interdite par le pouvoir en raison de son inspiration communiste, est le signal de la révolution.
Depuis 1933, le Portugal est dominé par Salazar, qui obtient les pleins pouvoirs dans le cadre de l'"Estado Novo". Il met en place un Etat conservateur et autoritaire soutenu par les forces traditionnelles (armée, Eglise...). La répression organisée par la police politique, la PIDE, y est terrible. La terreur est contante en raison des nombreux informateurs dispersés dans la population.
Le milieu des années soixante voit les colonies portugaises se soulever pour obtenir l'indépendance. Le gouvernement réagit violamment en menant une guerre dite de pacification, notamment en Angola et au Mozambique. Cette guerre est sanglante. Les sous-officiers sont recrutés dans la jeunesse cultivée, pour qui l'armée représente le seul débouché professionnel.
Ouverte aux idées marxistes, cette jeunesse ne supporte plus la chape de plomb du pouvoir ni les massacres inutiles des guerres coloniales. Ce sont les capitaines, rassemblés au sein du "Mouvement des Forces armées" coordonné par Otelo de Carvalho, qui déclenchent un coup d'Etat dans la nuit du 25 avril 1974. Ce mouvement militaire est rapidement rejoint par la population qui descend dans la rue pour soutenir les insurgés. Cette révolution se veut pacifique et des militaires arborent dans le canon de leur fusil, un oeillet. Cela donnera son nom à la Révolution des Oeillets.
En moins de seize heures, le régime s'effondre. Une junte de transition, sous l'autorité du Général Spinola, se met en place pour organiser des élections libres et insiste sur la nécessité de "démocratiser, décoloniser et développer".
La liberté d'expression est restaurée, les dirigeants en exil rentrent au Portugal et un processus de transition démocratique se met en place, qui aboutit à la victoire du Parti socialiste aux premières élections libres, à la nationalisation des grandes entreprises et à l'instauration, d'une démocratie parlementaire.