Hier soir, à l'invitation de la CGT nous sommes allés aux Cinéastes pour la projection du film "Cheminots". Tout d'abord, beaucoup de monde et pas seulement des cheminots. Pas mal de camarades du PG aussi.

Cheminots nous fait découvrir le monde des ouvriers du rail dans leur quotidien, loin de cette image de nantis ou de privilégiés, comme on a l'habitude de nous les montrer dans les journaux télévisés. Ici, machinistes, mécaniciens, conducteurs, guichetiers, chefs d’escales, chacun, derrière ces différents métiers, œuvre à la poursuite du même objectif, celui de faire fonctionner les trains. Les cheminots du documentaire ont les mains dans l’huile, aux manettes de leurs trains, sous la pression d’une entreprise qui divise ses pions pour mieux rentabiliser ses activités.
 

Si le plan d'ouverture du film, un cadre-faisceau lumineux sur les mûrs obscures d'une gare la nuit, se veut un écran sur lequel le réalisateur va raconter et mettre en lumière l'histoire d'hommes et de femmes, on ne peut s'empêcher d'être saisi par ce plan anxiogène. Quelle est cette main qui surveille et guette cette gare plongée dans une obscurité menaçante? Car la nuit en gare n'est jamais totale, il y a toujours un néon, une salle éclairée, un agent qui passe ou des feux indicateurs allumés.

Dans la célèbre gare de la Ciota, cette nuit là, c'est la nuit totale. Alors, inévitablement, parce que nous ne sommes plus à l'heure de l'épopée de "la bataille du rail" et de "la reconstruction nationale", mais aux tic-tac, sinon aux diktats, des directives européennes, on ne peut y voir autre chose que cette satanée main invisible du marché et de la concurrence libre et non faussée.  D'ailleurs, c'est à travers l’exemple de la libéralisation du fret, que les cheminots font part de leur malaise et de leurs craintes. Division des tâches, effritement du lien entre les salariés, individualisation du travail, productivité au détriment de la sécurité. Les témoignages illustrent ces réalités et leur ressenti par des employés de toutes les générations; Et puis, symbole de ce « mal », la locomotive peinte aux couleurs de Veolia qui passe et repasse en arrière plan.

Le film réussit à montrer combien la place du train est essentielle dans nos sociétés et donc les dangers qu'il y a d’en faire un outil de profit pur et simple. Derrière des visages et des propos abattus, on sent toujours poindre le désir ardent de résister, de tenter de sauter du train fou en marche et de refaire du train un  objet de société. C'est tout ce qu'on peut souhaiter comme destin à ce beau film.