La Sarthe compte officiellement 553 484 habitants au 1er janvier 2009. En dix ans, les 375 communes du département ont donc gagné 24 484 habitants, soit + 4,42 %. Une évolution semblable aux départements voisins. Un peu moindre certes, car le phénomène de proximité littorale ne joue plus chez nous.

Mais rappelons la méthode de ce recensement: toutes les communes de moins de 10 000 habitants ont été recensées au moins une fois depuis le nouveau mode qui livre ses nouveaux chiffres depuis 2005 seulement. La vue donc n'est vraiment exhaustive que dans les secteurs « ruraux ». Pour les villes de plus de 10 000 hab. le comptage se fait par sondages de 8% seulement de la population par an. Donc, la démographie véritable des villes sera connue 13 ans après l'avoir commencée soit en 2018. Comme on dit ici, avant 2018, faire des commentaires définitifs sur l'évolution de la population des villes, c'est comme « aller compter les bouses sur le marché avant sa fin ». Car depuis 2005 à peine la moitié des habitants ont été recensés... Donc prudence et parlons « tendances ».



Le Mans, la ville-centre, compterait officiellement 144 016 habitants. Soit 2556 habitants de moins que lors du précédent recensement il y a dix ans d'après les 5 sondages effectués. Rappelons que les vrais chiffres tomberont en 2018.

Au niveau de l'agglomération mancelle, qui représente un gros tiers des Sarthois, le phénomène est identique. La population se tasserait nettement au sud de l'agglomération, dans des communes historiquement peuplées : Allonnes, Arnage, Mulsanne. Au total, Le Mans Métropole passerait de 188 482 à 184 958 habitants. Soit 3500 en moins. Si on compare avec la plupart des agglomérations non littorales et non méridionales alors la résistance de notre agglo est assez bonne, voire remarquable.

Alors, où vivent les nouveaux Sarthois puisque, s'ils n'ont pas fuit les centres urbains, ils ne sont pas pour autant venus les renforcer?

Au cours de ces dix dernières années, ils se sont davantage installés à la campagne. Le glissement s'opère vers la deuxième couronne à parfois plus de vingt minutes du Mans. La population des villes, à commencer par Le Mans, s'est légèrement tassée. Coût de l'immobilier, envie d'avoir maison et jardin : c'est la tendance. Ce phénomène de migration vers la périphérie se confirme dans la plupart des villes : La Flèche, Sablé-sur-Sarthe, La Ferté-Bernard, Mamers, Château-du-Loir, Loué...Ce mouvement bénéficiant aux villages ruraux. La commune emblématique de ce mouvement pendulaire, avec une croissance de 100%( !!!) , étant en Sarthe Château-l'Hermitage, passant de 118 à 237 habitants!!!

Les raisons ?

Laissons parler le Maire de la commune. On retrouverait mot pour mot les mêmes analyses dans les autres départements:« un Plan d'occupation des sols suffisamment attractif pour attirer les nouveaux foyers. Avec des lots( parcelles) pouvant aller jusqu'à 2000 voire 4000m2(!!!).Les futurs habitants ont été séduits par ces lots disponibles en pleine nature au milieu des sapins pour un prix très attractifs ( renseignements pris 42euros le m2). Mais personne n'a du travail ici. La quasi-totalité des couples travaille au Mans »!

En terme de développement durable, on assiste là à un phénomène qui tourne littéralement le dos à ce qui est souhaité et souhaitable. Car ce modèle de l'étalement urbain repose sur l'utilisation de la voiture par des gens qui souvent ne peuvent faire autrement pour cause de revenus stagnant ou en baisse alors que l'offre foncière et immobilière urbaine augmente. On fait par ailleurs le constat que l'age d'or des villes a coïncidé avec le mouvement d'une meilleure répartition des fruits du travail en faveur des salariés. Comme quoi, il n'y aura pas d'écologie durable et populaire sans articulation avec la lutte contre le capitalisme.

Dés maintenant, en ville, mettons donc en place des politiques foncières pour densifier qualitativement, construisons pour peser sur les prix de l'offre immobilière et agissons en direction de l'Etat afin qu'il joue son rôle de régulateur et cesse d'encourager le déménagement des territoires. Car ce que nous voyons encore trop souvent lors de l'élaboration des SCOT est tout simplement  aberrant.