Guillaume Pépy, patron de la SNCF, interrogé sur le retard record du train entre Strasbourg et Port-Bou (15 heures !), a admis une grave faute : « nous n’aurions jamais du faire partir ce train ». Et de tirer les conclusions qu’en supprimant le trafic, on supprimerait les retards.

Invité du Grand Jury RTL-Le Monde, il a reconnu qu’il n’y a globalement « pas assez de train » qui arrivent à l’heure. Cette fois, son diagnostic est plus pénétrant encore. « J’y vois le signe d’un incroyable attachement de notre pays, des Français, pour les trains et pour les trains qui arrivent à l’heure. ». Un dirigeant du rail britannique aurait-il lui compris que l’émotion de ses concitoyens face aux accidents à répétition de son pays est d’abord le signe d’un incroyable attachement de son peuple à l’intégrité de la vie humaine ?

Selon Guillaume Pépy, ce tableau idyllique est seulement terni par l’action des syndicats qui font la grève au moment des vacances scolaires, notamment celles d’hiver, n’hésitant pas à mettre en péril jusqu’aux TGV spéciaux qui relient Paris à Courchevel quand la neige y est fraîche et la jet set abondante. « Au moment où les Français en ont le plus besoin » dit-il, négligeant les rendez-vous d’embauches ratés et les retards à répétition des usagers qui utilisent le train pour aller au travail. Mais Pépy, faute de pouvoir interdire le droit de grève, n’a pu le glisser dans le train de mesures qu’il annonce contre les retards.

Au programme, la formation des contrôleurs, leur équipement en « smartphones », la diffusion d’une radio de la SNCF dans les trains, la création d’un baromètre de satisfaction sur les lignes les plus insatisfaisantes…

Rien donc sur l’entretien des lignes. Rien sur le renouvellement des trains. Rien sur les lignes régionales et de banlieue bien sûr. Rien sur la désorganisation provoquée par la filialisation. Car Guillaume Pépy dirige la SNCF dans un cadre contraint. La lettre de mission par laquelle Nicolas Sarkozy l’a nommé lui demandait que la SNCF change de rythme « pour entrer tout entière, dans l’ère de concurrence ». Guillaume Pépy veut donc le meilleur service pour les skieurs haut de gamme qui pourraient préférer l’avion. Mais il n’aurait aucun scrupule à annuler le voyage des voyageurs modestes qui prennent le train entre Strasbourg et l’Espagne.

À l’origine instrument d’égalité, le service public libéralisé reproduit là les inégalités. Mardi 8 février, jour où l’augmentation des tarifs de trains SNCF (2 fois l’inflation) entrait en vigueur, l’Association des Voyageurs et des Usagers des Chemins de Fer réalisait une opération de sensibilisation auprès des usagers, sur la dégradation des services et le traitement différencié des réclamations de ces mêmes usagers, selon qu’ils soient usagers TGV ou usagers TER.

Nous soutenons bien évidemment toutes les initiatives des usagers et demandons au Gouvernement de reconstituer le transport ferroviaire en tant que véritable service public.