Le 24 mai 1980, plus de 80 000 personnes participent à la manifestation célébrant la fin de procédure d’enquête d’utilité publique concernant l’installation d’une centrale nucléaire à Plogoff.

En 1975, le site de Plogoff, en Bretagne, a été retenu comme lieu de construction d’une centrale nucléaire. Mais c’est compter sans l’opposition de la population locale qui s’empare du débat sur le nucléaire. Durant cinq ans, l’opposition s’organise à grand renfort de réunions scientifiques et de marches silencieuses. Le combat s’intensifie pendant les six semaines de l’enquête d’utilité publique. Les élus locaux brûlent les documents dès leur réception et un étrange manège s’installe alors. Des camionnettes faisant office de mairie-mobile sillonnent les routes de la commune afin de procéder à l’enquête publique, tandis que la population locale bloque les routes.

Face à cette opposition, les forces employées par la police sont impressionnantes compte tenu de la population (2 000 habitants) : des escadrons de gendarmes mobiles, puis des gendarmes parachutistes sont déployés dans le département, des blindés sillonnent les routes bretonnes et un hélicoptère surveille les manifestants, mais les anti-nucléaires tiennent bon. Et, c’est une formidable résistance citoyenne qui s’organise. Plein d’humour les manifestants affublent les gendarmes de l’affectueux sobriquet de « séminaristes » car ils sont logés dans un ancien couvent et tous les soirs à 17h c’est la « messe ». C'est-à-dire un affrontement réglé entre les forces de l’ordre et les manifestants. Une bergerie installée sur le site et la présence nombreuse des femmes, déterminées, au premier rang des manifestants (les hommes, souvent marins, étant en mer) rajoute à l’aspect singulier de ces rassemblements.

Les citoyens de Plogoff, rejoints par des écologistes de toute la France, soucieux de l’intérêt général ont pu par leur implication, faire plier les pouvoirs publics et le projet définitivement retiré par le gouvernement socialiste en 1981. Moment d’écologie populaire, c’est la première mobilisation majeure contre la politique nucléaire française, c’est aussi sa première victoire.