Il est 11H. L'Assemblée générale du jour commence avec une heure de retard. On attendait peu de monde ce matin. Erreur: une fois de plus, la place est comble!  "Désolés pour le retard", commence le modérateur. "On est crevé-e-s mais on peut tenir encore au moins 6 jours". "Pluuuus!", crie la foule, "jusqu'au bout!", "toujours!". "Le campement sera levé quand on ne sera plus indigné-e-s, pas avant!" s'exclame un représentant de la commission cuisine très applaudi.


Les employés des services de propreté de la ville de Madrid on fait parvenir un message au mouvement du 15 Mai. "Nous vous remercions pour tout ce que vous faites et pour votre collaboration pour maintenir la place propre. Nous nous sentons représentés par vous. Nous avons un travail mais nous sommes précaires. Nous n'avons pas le droit de venir prendre la parole dans vos assemblées générales parce que nous sommes en uniformes. Mais nous voulons vous dire: merci, merci, merci!"
Message reçu à grand renforts de cris et d'applaudissements par l'assemblée générale.


Les représentant-e-s des commissions défilent au micro.

----La commission féminisme, à qui on a suggéré de changer de nom et de devenir la "commission égalité" annonce son refus de cette proposition. "Et on répète, ceux et celles qui ne sont pas d'accord, qu'ils et elles viennent en débattre dans la commission"

----La commission "respect" fait un rappel à l'ordre en douceur: "respectez bien les heures de repos pour le voisinage, le voisinage doit pouvoir dormir sans problème". La révolution, c'est l'intérêt général avant tout. Dormir est nécessaire pour les révolutionnaires comme pour leurs voisins.

----La commission de coordination interne demande un applaudissement  pour les commerçant-e-s de la place. "Avant d'aller travailler, elles et ils nous amènent à manger etc. Nous devons tout faire pour qu'ils et elles puissent continuer à travailler tranquillement".
Les commerces demandent que les panneaux et affichent qui cachent leurs enseignes. Tout le monde n'est pas d'accord. La question est donc débattue.
-"Si on parlait de petits commerces, je dis pas, mais à Sol, il n'y a que de grandes enseignes. On n'a pas à avoir de scrupules à les cacher avec les cris des rues qui font le tour du monde."
-Un autre explique: "Les commerçants de la place sont propriétaires d'une franchise. On n'a pas à leur faire plus de mal qu'aux petits commerces".
-Une jeune femme précise: "on n'a pas à nous obliger à changer de stratégie". "En plus, on collabore, on ne cache pas tout! Qu'ils nous respectent aussi!" s'exclame un jeune homme.
-Un très vieux monsieur prend la parole: "Nous sommes un exemple pour toute l'Europe. Moi, pardonnez-moi, mais je continuerai à mettre des panneaux partout où je veux. Eux, ils ont le plus grands panneau du monde: ils ont la télévision!"
La décision de l'Assemblée générale est sans appel: si un panneau cache l'enseigne d'un petit commerce, il doit être retiré. Les autres, non!


----L'euphorie saisie la place quand la commission d'extension annonce: "Il y a à cette heure plus de 100 assemblées de quartiers dans Madrid!" L'Assemblée des assemblées de quartiers de samedi devrait être un grand moment. Le "20 Minutes" de Madrid s'est même proposé de publier l'annonce de la réunion de cette assemblée ainsi que la liste des assemblées de quartier!

----Un autre sujet a remué toute l'assistance: l'annonce, par la commission d'extension, de l'expulsion du campement de Lyon (300 personnes expulsées hier soir place Bellecour). L'Assemblée générale a salué par un tonnerre d'applaudissements la décision des camarades de Lyon de retourner place Bellecour ce soir. L'AG  s'est mise d'accord sur le communiqué de soutien suivant:
"Nous, depuis la Puerta del Sol, dénonçons l'expulsion du campement de Lyon par les forces de police qui a eu lieu cette nuit.
Nous voulons transmettre à nos amis et amies de Lyon tout notre soutien. Nous serons particulièrement attentives et attentifs à ce qui se passera durant votre rassemblement de ce soir place Bellecour.
Fuerza Lyon!
Que no! Que no nos vamos!" Le modérateur en profite pour relire la liste des rassemblements qui ont lieu en France: "Il en on marre eux aussi! Et ils parlent d'un truc qui s'appelle 'la révolution espagnole'. Les amis, on n'est pas tous seuls!" Tonnerre d'applaudissements à nouveau!


----Une question était au coeur des débats ce matin:  les médias. Plusieurs programmes ont sollicité les indignés du 15 Mai. Un programme demande une intervention du mouvement du 15M ce soir.
Résumé des interventions:
-"On nous propose de passer dans les programmes de certains médias. Ce serait con de dire non à tous les médias. Certains nous sont favorables. On a besoin d'eux pour que notre message passe les frontières" explique une représentante de la commission communication
-"Mais ils vont nous manipuler" s'exclame un jeune homme
-"Tout le monde a le droit d'avoir accès à l'information nous concernant. Tout passe par internet pour le moment. Mais beaucoup de gens qui nous soutiennent n'ont pas internet. Surtout les plus de 50 ans!" rétorque une femme d'un certain âge.
Elle précise: "Il y a des gens qui croient que notre mouvement est en train de mourir. Si on laisse les médias communiquer sur nous sans nous, ils vont nous tuer. On n'a le droit de les laisser tuer notre mouvement!"
-"Les médias nous disent où, quand et comment on doit intervenir. On n'est pas à leur service. C'est nous qui imposons le rythme. Pas eux"

A 12H30, malgré de gros efforts, on n'arrive pas au consensus. Les commissions en discuteront ce soir et la question sera remise à l'ordre de jour de la prochaine Assemblée générale.
A 14H30, on décide de ne pas aller au programme du soir.

----le groupe de travail environnement propose un manifeste sur le monde rural. "Nous luttons aussi pour les travailleurs rurales et travailleurs ruraux." L'assemblée approuve à l'unanimité.

Dernier point important: l'assemblée générale décide de la rédaction, dans les plus brefs délais, d'un "Manifeste de la Puerta del Sol" avec des propositions politique qui représentent le mouvement. En conclusion, vous citer le modérateur qui s'est tout à coup exclamé: "seuls les poissons morts suivent le courant. Le mouvement 15M est tout sauf mort et nous continuerons à lutter à contre courant le temps qu'il faudra!"