On s'organise chaque jour un peu mieux. Aujourd'hui,  au milieu de la place Pontejos (la place où se réuni l'assemblée depuis le samedi 21 Mai), on a scotché les règles de fonctionnement des assemblées et les consensus obtenus la veille. Mieux: on commence à l'heure. Une fois de plus, nous somme près de 400 à être venu travailler ensemble. Les visages sont fatigués. Je dois avouer que moi même je tombe de sommeil. Mais l'assemblée commence. Tout le monde met toute sa rage au service du travail en commun. "On n'est pas fatigués!"   


Ce matin, l'assemblée générale a décidé de rédiger un "Manifeste de la Puerta del Sol" avec les points qui font consensus entre toutes et tous. Un jeune journaliste précaire, très favorable à cette initiative, prend la parole. Il veut nous mettre en garde: "Attention! Maintenant que les élections sont passées, le PP et le PSOE, les médias, ils vont tous se concentrer sur ce qui peut nous diviser pour tuer le mouvement. Soyons très vigilants!"


Aujourd'hui on discute des espaces publics: les places, les parcs, les gymnases etc. "Ils sont à nous après tout" s'exclame un vieux monsieur. "On va les occuper pour tenir nos assemblées". "Les places publiques sont à nous! S'ils nous expulsent on reviendra" crie un autre. Une question se pose alors; "Et quand ont nous les vole, quand on les privatise?" . "On les occupera aussi! Ils ne nous exproprieront plus!"Les propositions n'iront pas beaucoup plus loin ce soir mais c'est déjà pas mal. Demain je modère. Au menu, sauf avis contraire: "changer de constitution?"


Des nouvelles nous arrivent de l'assemblée des assemblées de quartiers. Une page web a été créée pour suivre les débats des assemblées madrilènes: madrid.todoslosbarrios.net. A l'ordre du jour des assemblées de quartier de Madrid, il a été décidé qu'il y aurait toujours 1- les questions propres au quartier 2- les questions d'intérêt général à porter à l'assemblée générale de Puerta del Sol. La révolution citoyenne débarque dans les quartiers de Madrid!


A ceux qui vous disent que le mouvement s'essouffle

Le campement est un peu plus grand chaque jour. Les soutiens arrivent de partout. Les journalistes aussi. C'est vrai que tout le monde est fatigué et qu'une forme d'habitude s'est créée. Pas une routine mais l'habitude du campement, des contraintes, des débats. Mais rien d'anormal. Le mouvement a plusieurs jours. Il doit prouver qu'il peut s'inscrire dans la durée sans être divisé ou récupéré par qui que ce soit. Pas simple. Mais ici personne ne pense se laisser intimider par l'ampleur de la tâche.

Le campement grossit de jour en jour. Ce matin, c'est plus impressionnant que jamais. Il est 9H. Le bruit des marteaux résonne. Les nouveaux arrivant montent des "tentes" en dur sur la place. La physionomie évolue tellement que je n'arrive plus à retrouver le chemin de la commission extension dans laquelle je travaille! Il y a pourtant urgence: on vient de nous prévenir que des indignés ont prévenu une action sur la place Syntagma à Athènes. Il faut vérifier l'information. Je reviens d'Athènes. Les copains compte sur mon aide.

Une fois à mon poste, les copains m'assaillent de questions. "Alors? Comment ça c'est passé à Lyon hier soir?". Je peux leur répondre avec le sourire. Malgré les menaces, il y avait beaucoup de monde place Bellecour hier. La police n'a rien fait. Visiblement les vidéos de l'expulsion de lundi soir et le communiqué de la Puerta del Sol ont refroidi les ardeurs de la police. La nouvelle est accueilli avec joie. On décide d'appeler à Lyon et à Paris. C'est Antonio, un camarade de la commission qui appelle.  Au téléphone, l'émotion est palpable. "Merci pour tout ce que vous faites. Vous nous donnez beaucoup de force et mine de rien on en a besoin. Fuerza, hein?!!!"

La communication rapprochée s'organise. Ce soir, une réunion par skype est prévue à 21H avec toutes les villes espagnoles + Lyon + Paris! "C'est important qu'on se voie, qu'on se sentent réunis en même temps" explique Antonio, très ému. Il n'a pas dormi de la nuit. Il tient à peine debout. Mais il tient à faire le lien avec la France. "C'est super important que ça bouge en France!" s'exclame-t-il.

Un événement commence à prendre de l'importance: l'appel du 29 Mai. On essaie de se coordonner partout à l'international, à 12H. En France, la date a son importance: c'est l'anniversaire du non à la Constitution européenne. "Il faut qu'on s'en serve!" disent les copains ici. En Espagne, on n'a pas demandé son avis au peuple. Le non des français, pour beaucoup, les a représenté. Alors la France: adelante! Faites du 29 Mai la journée du "qu'ils dégagent tous!"