11H. L'assemblée générale commence. L'eau, les parapluie et la crème solaire circulent comme toujours. Les copains et copines se relaient pour brûmiser l'assistance. "Buvez les copains s'il vous plaît! Vous allez choper une insolation si vous ne le faite pas" avertit la modératrice.


C'est la commission légale qui prend la parole la première. Le système mis en place est impressionnant: des avocats se relaient en permanence au stand de la commission. La police peut venir au stand si elle veut des interlocuteurs. "Des interlocuteurs, pas des représentants" précise un des avocats. Il répète: "En cas d'expulsion, restez calmes, asseyez-vous et prenez vos voisin-e-s par le bras". "Nous vous donnerons les noms des avocats de garde depuis le micro central. Si on vous arrête, donnez un de ces noms. Nous appellerons la centaine d'avocats qui soutiennent le mouvement et tous viendront avec un panneau 'avocat indigné'. Nous sommes avec vous, nous sommes avec cet espoir, ne  vous inquiétez pas!"
"Bravo!", "Gracias!". Les avocats sont applaudis à tout rompre. Il y a de quoi!



Comme à chaque début d'AG, les commissions et groupes de travail défilent au micro. Plusieurs propositions sont adoptées suite aux débats de la commission qui travaille sur les questions animales. L'AG décide d'accepter les propositions suivante: interdire les spectacles qui mettent en scène la souffrance des animaux (principalement visée: la tauromachie) , mises en place de menus végétariens dans les entreprises publiques, investissements dans la recherche pour les alternatives aux expérimentations animales.

Les tentatives de division sont sur toutes les lèvres. A l'extérieur mais aussi parfois de l'intérieur (le mouvement est ouvert à toutes et à tous), les tentatives de déstabilisation sont nombreuses. Mais la technique de consensus et de la transparence permet d'y faire face sans problème pour le moment. "Ne laissons personne nous diviser. On fait ça pour nos enfant, pour notre planète, pour le monde. Unid@s'podemos!" crie un intervenant.

Les travaux d'élaboration du Manifeste de la Puerta del Sol avancent peu à peu. L'AG de demain se décidera sur les points suivants qui remontent des quartiers et des autres villes d'Espagne:
-réforme de la loi électorale pour plus de participation citoyenne
-lutte contre corruption et transparence
-séparation des pouvoirs judiciaire et politique
-que les responsables de la crise en assument les conséquence

Moment fort sur la place: l'annonce du retour sur la place Bellecour des copains de Lyon, du retour aussi à Toulouse des copains après, là aussi, une tentative d'expulsion par la police, et l'annonce du nombre croissant d'indignés à la Bastille à Paris!

En Grèce, on annonce la création du mouvement du 25 Mai, sur l'exemple du mouvement espagnol, à Syntagma (place du Parlement à Athènes). C'est désormais confirmer. Ici, c'est l'euphorie!  Toute la fatigue de ces derniers jours s'est effacée d'un coup!

Une jeune fille arrive tout juste du campement de Cáceres: "Surtout ne cédez pas, restez là, vous être notre exemple et notre inspiration. Si vous cédez, tout tombera à l'eau. Fuerza! On compte sur vous!"
Un monsieur  débarque tout juste des Asturies: "Je viens recharger les batteries ici. Dans les coins plus petits c'est plus dur. Vous savez, j'ai 73 ans et c'est la première fois que je vois des assemblées dans la rue! On ne doit surtout pas arrêter ça! On va tout changer!"

Une action est en débat: dans les 650 villes d'Espagne et à l'international, à 20H, dimanche 29 Mai, on pourrait tous faire une minute de silence puis on lancera un cri à l'air. Ou une autre action brève en commun. Attention en France: n'oubliez pas l'heure et filmez!
On se penche sur une question plus technique. Il faut créer un logo du mouvement. L'idée est de dessiner le monde se transformant en soleil, le monde se transformant en la place de la Puerta del Sol. La commission des arts va s'y atteler.
C'est pas mal! Qu'en dites-vous?


Rappel: si vous voulez suivre la révolution espagnole en direct, allez sur tomalaplaza.net. On a du mal à tout mettre en ligne comme il faut (la police nous coupe le wifi etc) mais la commission communication fait tout son possible! Un grand bravo!


Du côté du Parlement populaire

Il est 17H30 et le soleil tape très dur. Certain-e-s font la sieste à l'ombre des tentes. Du côté du Parlement populaire, pas de pause. Les gens défilent les uns après les autres.  Ils ont de quinze à plus de 80 ans. Des femmes, des hommes, des espagnols, des immigrés (latino-américains surtout), des touristes...


Ils viennent crier leur rage: "Y'en a marre des banquiers voleurs!", "On veut un vrai démocratie maintenant, comme celle qu'on crée ici! On veut être écoutés!" "Ça c'est notre Révolution française et elle ne va pas s'arrêter!", "Elle est où la putain de presse? Dans ce parlement on s'exprime! Évidemment là où est la démocratie la presse est absente!"


Ils viennent expliquer leurs problèmes: "Je n'en peux plus de payer la banque!", " J'ai un job, j'ai de la chance mais je ne vais pas considérer qu'avoir un  job qui me permet juste de faire manger est un privilège","on nous éduque depuis toujours dans la peur et la compétitivité, mais personne ne change l'éducation. On nous enchaine à ça. Il faut que change"

Ils viennent donner leur point de vue sur le mouvement: "Il faut dire au gens de venir, de ne pas croire ce que dit la télé moi j'avais un peu peur de ce que j'allais trouver ici mais en fait c'est extraordinaire", "Ici on leur montre qu'on sait encore faire usage de notre liberté", "Je suis né en 1941, j'ai lutté contre le franquisme, je suis fier de vous! Adelante, siempre adelante!", Ici c'est plus qu'une révolte. On construit un vrai pouvoir populaire. Ici on a commencé la révolution!"


Et une jeune fille frêle est venue donner un témoignage qui est à lui seul tout un symbole: "Je viens de sortir de l'hôpital mais j'ai tout de suite venir à Sol pour me battre pour mon futur! Un truc pareil ça n'arrive qu'une fois dans une vie!"



Et il y en a encore qui croit qu'un mouvement pareil peut s'éteindre?
Qui croit encore pouvoir nous faire taire?


Paris-Madrid


Mercredi soir. Au stand de la commission communication, c'est l'ébullition. Depuis ce matin, on essaie d'organiser une connection par skype avec les assemblées de Grenade, Alicante, Séville, La Corogne, Tenerife, Bilbao, Santander, Salamanca, Jaén, Paris, Lyon et Toulouse. Des heures de boulot des deux côtés des Pyrénées, mais se voir et se transmettre l'énergie de la lutte en direct n'a pas de prix!

A 20H30, bonne nouvelle: Pablo et Juliette, qui font respectivement le lien avec Paris depuis Toulouse et Paris, ont trouvé un moyen de se connecter. A Lyon, c'est plus compliqué. Pas de wifi à Bellecour et sur place personne n'a d'iphone pour se connecter à Skype. Partie remise pour Lyon donc. Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines. 21H, heure supposée de la connection. L'électricité ne marche plus à communication. Kalambre, le camarade qui fait la connection ici, essaie de rester calme. Ça arrive souvent...

Tout le monde trépigne, Kalambre le premier. "Putain putain! On va avoir les copains de Paris en direct!" s'exclame-t-il. "Qu'est-ce que ça donne en France?" me demande Jau. Aux dernières nouvelles, il y a 200 personnes à Toulouse, 300 à Lyon et 650 à Paris! "Putain trop bien! En France vous savez y faire! Si ça monte comme ici, ensemble, on va casser la baraque! Mais brûlez pas de voitures, hein?!!!!"
Je crois que pour la première fois de ma vie je ne sens plus les contradictions franco-espagnole. Elles sont loin les brimades "espingouines". Aujourd'hui j'ai vu des touristes français célébrer les luttes espagnoles, j'ai entendu mes amis franco-espagnols me dire des larmes dans la voix que j'ai trop de chance d'être sur place, j'ai vu mes camarades du temps tout faire pour se connecter avec la France. On va la faire cette révolution ensemble!

Ca y est! Ça marche! "Venez les gens! On va parler avec Paris! " Ça s'attroupe! Alleeeez!  Et non...ça veut pas! Pétage de plombs! Kalambre veut y croire: "ça va marcher, si si je te dis ça va marcher!"... Au bout d'une heure et demie d'efforts, on a réussi à entendre Paris. Pas à les voir. Rendez-vous est pris avec Paris pour vendredi à 21H. Pour Lyon et Toulouse ce sera demain à 21H.



Entre fatigue, agacement, éclats de rire et nouvelles amitiés révolutionnaires, l'équipe des acharnés du skype vous salue!