21 H 13. Du côté du Parlement populaire



Il est 20 H, le parlement populaire est réuni, comme tous les jours, autour de la fontaine. Les participants sont toujours aussi attentifs. Les témoignages, toujours aussi émouvants.
Certain-e-s sont là pour la première fois. C'est leur indignation face aux violences policières de Barcelone qui les a poussé à sauter le pas et à venir. Ils ne veulent plus partir.
Voici quelques uns des témoignages, cris de rage ou d'enthousiasme, entendus ce soir au parlement populaire de la Puerta del Sol.
"Nous sommes les rayons du Soleil (Sol) et nous allons illuminer les consciences", "On ne peut plus supporter le fossé toujours plus grands entre les riches et les pauvres! On ne veut pas du chemin qu'ils ont nous ont tracé pour nous ! On sait ce qu'on veut ! On veut une répartition juste des richesses!"  (Cri d'un jeune homme)
"On peut avoir soixante ans et ne pas être pas être majeur, on n'est pas majeur tant qu'on n'a pas compris qu'on pouvait changer la réalité" (déclaration d'une lycéenne)
"Notre principal problème ce sont les inégalités. Les pauvres ne peuvent plus rester pauvres. Les riches ne doivent plus piétiner les autres pour rester riches" (cri d'un trentenaire)
"Nous sommes très dangereux pour le pouvoir. Nous devons nous organiser pour être fort quand les puissants tenteront de nous détruire" (explication d'un vieux monsieur)


Ou encore, cet adolescent qui prend la parole en tremblant. Il se revendique de la Révolution française et veut citer Victor Hugo : "Rien n’a plus de force qu’une idée dont l’heure est venue"
Ou aussi ce lycéen prend le micro: "Venez parler s'il vous plaît ! Même si vous avez peur! Je viens vous écouter tous les jours et franchement c'est magnifique tout ce qu'on se dit ici!"
Ou ce père de famille qui est venu citer sa mère: "Mon fils, les riches sont riches parce qu'ils mangent notre pain, jamais le leur".


Et cette jeune femme qui campe sur le camp depuis une semaine vient témoigner : "vous avez toutes et tous une banque ? Moi aussi, j'avais une banque. Ils m'ont dit que je pouvais utiliser ma carte de crédit sans problème, sans payer de commissions. Cette banque m'a ruinée. Je suis indignée. Je ne veux plus entendre parler de ces banquiers !"
Il va être l'heure de l'assemblée générale. On hésite à rester. Ici les témoignages et les cris de rage et d'enthousiasme continuent. Magnifiques de sincérité dans un respect sans pareil. Juste magnifique!


Nouveau succès pour le mouvement!

Une fois encore la place est comble! Nous sommes aussi nombreux qu'hier! Plus nombreux peut-être!
Les intervenant-e-s sont très impressionné-e-s. Certains le sont tellement qu'ils n'arrivent même pas à parler!

Une jeune femme, Xema, est invitée par l'assemblée à venir parler. Elle vient tout juste d'arriver de Barcelone. Elle tremble. Elle n'avait pas prévu de parler devant 10000 personnes! Elle raconte la résistance pacifique et les coups de policiers, la peur et les blessures des résistant-e-s. "Il y avait beaucoup de sang, des gens avec des blessures craniennes, des tonnes de coups". Elle est émue aux larmes et très marquée par ces violences. Elle finit en disant "Leurs coups ne nous diviseront pas, ils nous unissent. Et je suis très heureuse de voir que nous sommes plus unis que jamais."
Une jeune barcelonnaise demande la parole pour témoigner elle aussi: "Je voulais vous dire que les copains et les copines ont été impressionnants. Ils ont tout reconstruits en une après-midi!" Elle termine en nous disant  en "Vous savez, à Barcelone on commence à dire partout est comme l'eau. Rien ne peut arrêter l'eau quand le courant est fort!"

La première commission à prendre la parole ce soir, c'est la commission extension
C'est Oscar qui prend la parole. Il salue la foule en disant "Il faut que je vous dise, la Bastille est presque prise! Demain les copains de Paris font une grosse manifestation. On est en contact permanent avec eux!" Applaudissements!

Moment étrange. Il y a une coupure d'électricité. Les intervenants doivent parler dans un mégaphone. Pour que tout le monde puisse entendre, la foule répète chaque phrase des discours. C'est très impressionnant.

C'est un très jeune homme qui prend la parole: "Nous espérons que ce mouvement marquera un tournant dans la vie démocratique de notre pays (...) Mai a vu naître beaucoup de révolution. Qu'il en soit ainsi ce mois de Mai-ci!"

La commission propositions nous informe. Au quatre coins du camp, des urnes sont disposées. Elles permettent à celles et ceux qui n'osent pas prendre la parole ou qui sont de passage de faire leurs propositions. Toutes les propositions déposées seront publiées en tant que telles sur la page web (madrid.tomalaplaza.net)

Arrive un représentant de la commission d'extension aux quartiers. Elle nous annonce une bonne, une excellente nouvelle: "La convocation des assemblées de quartier a dépassé toutes nos expectatives! plus de la moitié des assemblées de quartier, il y avait plus de 1000 personnes!" Lavapiés n'était pas une exception!


Le groupe de travail éducation, université et culture arrivent avec des propositions acceptée par tout le groupe de travail
-"nous voulons une éducation publique, gratuite et laïque à tous les niveaux" (approbation de l'assemblée)
A noter: la laïcité et l'abolition du concordat ont suscité beaucoup d'applaudissements!
-augmentation de l'investissement dans l'éducation publique et la culture (notamment en vue de l'éradication de la précarité des employés des écoles et de la culture)
-éducation intégrale et inclusive
-démocratisation par une représentation proportionnelle au sein des structures universitaires et culturelles

Malheureusement une très très petite minorité s'est exprimer contre ces proposition. Il a été impossible d'arriver au consensus... Au désespoir de la majorité, les travaux sur ces points devront reprendre au sein du groupe de travail.
Le consensus c'est franchement pas facile...

Il est tard. Les débats reprendront demain.
Je les suivrai à distance: demain, à Paris, on prend la Bastille!