14 H 58. Assemblée de quartier : plus de 1000 personnes à Lavapiés

 

A 12H20, après une réunion de travail à la commission extension, Leila et moi arrivons à l'assemblée de quartier de Lavapiés qui est un quartier populaire du centre de Madrid, à 10 minutes un quart d'heure de Sol.
Ici, on n'attendait pas autant de monde. On avait prévu plusieurs dizaines de chaises et un cercle restreint pour que les gens s'asseyent par terre. Il a fallu élargir le cercle de plusieurs dizaines de mètres. Derrières les chaises, il y a bien 400 personnes debout. Nous sommes plus de 1000 sur la place!

La modératrice explique le fonctionnement des assemblées (les tours de paroles, les approbations, rejets par signes, les normes de respect, la technique du consensus, etc.). Deux jeunes femmes se proposent pour prendre les tours de paroles. Ici aussi, tout est traduit en langage des signes en simultané. Incroyable d'organisation !
La modératrice nous annonce aussi qu'un site web a été créé : lavapies.tomalosbarrios.net .
Elle demande que des volontaires se proposent à la fin de l'assemblée pour assurer le suivi de la page web.

L'assemblée commence ses travaux.


On parle de la décentralisation du campement de Sol. On ne sait pas encore si le campement de Sol va se transformer à partir demain ou à plus long terme. L'idée, de toute façon, est que les assemblées de quartiers doivent prendre tout leur poids et être alimentées en matériel depuis Sol. Le campement de Sol devrait se transformer à long terme en point d'information. Il se maintiendrait de façon symbolique et resterait ainsi le cœur du mouvement à Madrid. "Que no, que no nos vamos!"

Un vieux monsieur prend la parole. "Le campement de Sol doit demeurer tel qu'il est. On y vit en dehors du capitalisme, on y a abolit la mercantilisation, l'argent, la concurrence. C'est un exemple pour tous. C'est un fait pas une idée. Maintenons-le comme campement". Une jeune fille est plutôt favorable à la proposition de faire un point d'information. Mais elle précise: "si on démonte le campement pour aider les assemblées de quartier, il faut que ce soit une grosse fête qui galvanise les assemblées de quartier pour la suite des événements!"
Une chose est sûre en tous cas : à Puerta del Sol, on reçoit plus de matériel que nécessaire. De l'avis de toutes et de tous, ici comme à Puerta del Sol, ce matériel doit aller d'urgence aux assemblées de quartier.


L'assemblée de Lavapiés se fixe un premier objectif : "Plus personne à Lavapiés ne doit avoir faim. Organisons-nous comme à Sol pour que tout le monde ici puisse manger à sa faim". A Sol, tout est gratuit, les boissons sont à dispositions 24H/24, on organise les repas à heures fixes, et même si c'est souvent frugal, on ne meurt pas de faim.

Une femme d'un certain âge prend la parole "Ceci n'est que le début d'un processus ! L'esprit de Sol doit se répandre dans tous les quartiers !". Un monsieur d'un certain âge aussi prend le micro et s'exclame "Nous pouvons plus qu'eux, quoiqu'en disent les médias ! Nous pouvons même beaucoup plus que ce qu'on imagine !"
Reste à trouver le lieu où réunir l'assemblée et la périodicité des réunions. On discute : une fois par semaine? deux fois par semaine (une le soir en semaine, une le week-end en journée) ? une fois par mois? tous les jours? Ça se décidera la semaine prochaine mais on se dirige vers une à deux réunions de l'assemblée par semaine.
Mais où? Sur une place? Dans un parc? Le parc du Casino de la Reina est choisi pour la samedi prochain. Toutes les places sont occupées par des événements culturels.
Mais à quelle heure? 12H? "Mais le soleil tape!" 19H? "C'est mieux!" Problème: il ne faut pas que les assemblées se télescopent avec l'assemblée générale de Madrid. Rendez-vous est donc de 12 H à 14 H samedi prochain.

L'assemblée se termine en réaffirmant son soutien au maintien de Sol. Sous un forme qui réponde au moins aux minima suivants:
-assurer un roulement des indignés de Sol pour celles et ceux qui ont déjà beaucoup donné et sont fatigué-e-s
-irrigation en matériel et en membres des assemblées de quartier et respect de leur autonomie

On se quitte en criant "Que no, que no, que no nos representan" (Non, non, vous ne nous représentez pas).

La révolution citoyenne prend les quartiers !

 

11 H 43. La révolution sera pacifique ou ne sera pas

http://www.youtube.com/watch?v=sux7oX3cgrY&feature=player_embedded#at=28

 

00 H 36. Une assemblée générale sous le signe de la ferveur

 

Le modérateur du jour donne le signal du début des travaux de l'assemblée en lançant un "Fuerza Cataluña !". Les 10 000 (ou plus) présent-e-s applaudissent à tout rompre. On dirait que même les murs applaudissent !
Puis une annonce: la police a promis qu'il n'y aurait aucune intervention demain pendant les assemblées de quartier "à condition qu'il n'y ait pas de troubles à l'ordre public".

Les propositions d'axes programmatiques des groupes de travail sont saluées. Certaines plus que d'autres. C'est notamment le cas des propositions suivantes:
-fonds publics uniquement pour l'éducation publique
-des contrats et des bourses pour éradiquer la précarité des employés de l'éducation publique et des étudiants
-la réquisition des logements vides
-l'abolition du système bancaire actuel
-l'adoption du slogan "Nous connaissons le chemin du retour à Sol"
-l'abrogation de la loi d'immigration (tout le monde crie "aucune personne n'est illégale!")
-l'asile pour les victimes de traite sexuelle
-le combat contre l'homophobie, la lesbophobie, biphobie et la transphobie et l'interdiction du financement public des institutions du promeuvent ce genre de comportements
-la suppression de la transexualité de la liste des maladies
-la souveraineté au peuple pas au roi
-un référendum sur la loi sur les retraites et les réformes du travail
-un moratoire immédiat sur les expulsions de logement
-l'augmentation de la progressivité de l'impôt en vue d'augmenter les recettes de l'Etat
-la transparence et le contrôle démocratique des banques publiques et privées

Les débats ont été interrompus un instant. On nous annonce qu'un des indignés blessés de ce matin par les CRS est entre la vie et la mort. Les balles à blanc de la police lui ont perforé les poumons. On fait une minute de silence. Le modérateur crie un dolemnel "Viva" rempli d'émotion. "Viva" repris par l'assemblée tout entière avait la même émotion et la même solennité.


Une demi-heure plus tard, une information arrive: les copains et copines remercient Madrid pour son soutien !
Malheureusement, comme pour Paris avant hier, la tentative de communication en direct via skype a échouée. On espère que ça marchera vite ! Un jeune homme demande la parole. "A Barcelone, il n'y a pas eu d'expulsion mais une tentative d'expulsion. Le peuple a vaincu face aux charges des forces de police. Respect pour la résistance de Barcelone !"
Autre moment d'émotion, un jeune homme arrive avec une pancarte "Segur que tomba tomba tomba". Ce sont les paroles de l'Estaca de LLuís LLach, un chant de lutte contre le franquisme devenu un symbole de lutte contre l'oppression et pour la liberté. En ce jour où Barcelone a du lutter contre la répression violente de la police, le symbole est fort. L'assemblée applaudit.

Les travaux reprennent. Un représentant de la commission légale propose un communiqué revenant sur les charges policières de Barcelone. Une phrase de ce communiqué m'a rappelé la révolution citoyenne équatorienne: "Les citoyens et les citoyennes de ce pays ont désormais pris conscience qu'ils étaient capables d'analyser la situation et de participer à la vie politique sans nécessité d'intermédiaires"

Arrive minuit. On respecte la minute de silence. Les douze coups de minuit résonne sur la place silencieuse. Puis tout le monde applaudi. Une place de 10 000 personnes s'exclame d'une seule voix: "el pueblo unido jamás será vencido!" sur une musique conquérante. Cette nuit, la minute de silence était dédiée aux détenus mais aussi aux victimes de la répression policière á Barcelone. Plus impressionnant encore que les autres soirs. L'émotion et la ferveur sont à leur comble. "No tenemos miedo!" crie l'assemblée.

Il est minuit passé. Nous sommes toujours aussi nombreux sur la place. On a réussi à établir la connection skype avec la plaça de Catalunya. Le son ne marche pas mais on se voit !  "Mettez-nous des sous-titres" crie l'un d'entre nous ! On aura au moins pu se saluer ! Et se voir les un-e-s les autres comme ça, pouvoir se sentir uni-e-s à ce point, c'est déjà beaucoup !