Intervention de Patrice Perdereau pour le Parti de Gauche


 Oui, les réformes actuelles qui mettent la concurrence et le marché au cœur de la transformation du paysage universitaire font peser un risque réel de voir se développer des déserts scientifiques. Mais je dirai aussi que ces travers existaient déjà avant les réformes de Sarkozy. 

J'en veux pour preuve le constat posé par le rapport Duport en 2007 pour le Conseil Economique et Social « Aménagement du Territoire, Enseignement supérieur et Recherche entre proximité et excellence ».  

Le rapporteur attirait surtout l’attention sur la très inégale répartition des forces scientifiques sur le territoire français [42% des dépenses intérieures en Recherche et Développement (DIRD) en Ile de France, 26% en Rhône Alpes et région PACA]. 

Et, pour lui, il résultait de ces déséquilibres, des logiques de concurrences très marquées entre des régions à fort potentiel scientifique et des régions comme les nôtres à potentiel en développement. Je me souviens d’ailleurs qu'à l'époque cette concurrence était plutôt bien vue, encouragée et dans l’air du temps qui tendait à ringardiser les politiques publiques d’aménagement du territoire. 

Alors s'il y a une nouveauté avec Sarkozy, je dirai que c'est la radicalisation de la concurrence. Avec lui, elle est même devenue la méthode et l’outil pour redessiner la carte de la recherche et imposer une rupture avec l’aménagement du territoire, au profit de la concentration des institutions scientifiques pour apparaître dans les classements internationaux et  créer des marques scientifiques internationales. 

Je souhaitais ce petit détour pour mettre notre sujet en perspective. 

Alors, concernant la localisation, bien sûr, l'Histoire universitaire et économique a sa responsabilité mais la politique a aussi la sienne. Pour moi, un tournant a été pris dans les années 90 avec le Protocole de Bologne et consacrée par la Stratégie de Lisbonne en 2000. 

Derrière l’objectif de « construire en Europe une économie de la connaissance la plus compétitive du monde », il y a l’idée que la société de marché est bonne et ma foi qu’on peut l’appliquer aussi à la production et la diffusion de la connaissance. Un peu comme la mondialisation, le phénomène est considéré comme naturel. 

Nous, nous croyons le contraire.  Le marché et le capitalisme ont un très grand défaut qui devient même rédhibitoire quand il s’agit de préparer l’avenir. Car c'est le système d'allocation des moyens qui fait que l'argent manque là où on en a le plus besoin. 

On peut prendre toutes les échelles qui concernent les activités de recherche et montrer que ce n’est pas un bon système. 

Par exemple, nous sommes aujourd'hui au cœur d’une crise environnementale majeure qui appelle des réponses d’ampleur et urgentes.

De l'énergie à l’agriculture en passant par la modification de modes de vie consuméristes, on voit bien qu'il y a besoin de programmes de recherches conséquents dans les sciences « dures » comme dans les sciences humaines et sociales. Or, avec le mode actuel d'allocation des priorités et des moyens ce n’est pas le cas. On a même une situation en tête bêche. 

Je pourrai prendre le Grand Emprunt, le territoire et l'économie, on aurait le même résultat. 

On voit donc bien qu'il est indispensable de considérer autrement le développement des activités scientifiques et leur présence sur le territoire. 

Il faudra bien sûr des moyens financiers mais je laisserai le débat peut-être me donner l’occasion d'y revenir. 

Mais, pour continuer sur le territoire, il faut tout d’abord être convaincu qu’un territoire n’obéit pas à une distribution hiérarchique, simpliste et marchande des activités scientifiques. Nous en avons ici un peu l’exemple avec l’acoustique qui s'est développé dans le temps. 

Ensuite, il peut exister des réseaux territoriaux sur des aires géographiques étendues et grâce aux réseaux de communication, ces activités peuvent s’affranchir des hiérarchies et des contigüités. On pourrait donc imaginer des Systèmes locaux d'Enseignement, de Recherche et d'Innovation reconnus et contractualisés avec l'Etat et les organismes de recherche et ainsi s'affranchir ainsi du modèle américain de polarisation. 

 

Pour conclure, je dirai que nous faisons face à une crise majeure qui associe l’économie, le politique et l’écologie. 

Nos territoires ne peuvent s'en remettre à la logique libérale et à la stratégie européenne de la « concurrence libre et non faussée » qui ne concernerait que quelques lieux centraux ; c’est-à-dire les métropoles régionales et européennes. Il faut au contraire imaginer dans un cadre européen ou national des Réseaux Territoriaux d'Enseignement, de Recherche et d'Innovation. 

Mais cela implique d’abord une remise en cause des postulats sur lesquels reposent les réformes actuelles : 

  • S’émanciper des traités européens et de la stratégie de Lisbonne
  • Abroger la loi LRU, le Grand Emprunt et le pacte de la Recherche
  • Redonner des moyens financiers et humains publics
  • Rompre avec le modèle productiviste et mettre la science au service de l’intérêt commun et d’une planification écologique.

Il faut changer de cap.