Samedi après-midi avait lieu au Parc à Fourrages une cérémonie hautement symbolique. Dix rosiers Résurrection ont été plantés en présence de deux anciennes sarthoises déportées de Ravensbrück. La variété Résurrection a été créée pour célébrer la renaissance de ces femmes qui ont tant souffert dans les camps nazis.


Yves VOISIN, au nom de l'Amicale de Ravensbrück, a fait un discours que nous vous proposons de lire ci-dessous :

"Ravensbrück, comme Buchenwald, Mauthausen ou Auschwitz, est devenu le symbole d’un système de destruction par la déshumanisation et la mort lente.
Mais comment faire atteindre, au-delà de ce symbole, la réalité vécue par les victimes ? Ni la rigueur historique, ni le talent ne peuvent suffire. Les faits n’expriment pas à eux seuls le drame de la personne humaine confrontée au monde du camp, et le plus remarquable témoignage personnel ne rend compte que d’un aspect de cette réalité aux multiples faces. C’est pourquoi, un ouvrage, écrit à plusieurs mains « Les Françaises à Ravensbrück », permet de mieux appréhender l’ensemble de la vie au camp et notamment  la période de fin 1944 jusqu’à la libération le 30 juin 1945 par l’armée rouge.

Leur quotidien au camp, c’est cette sirène qui hurle dès 3 h 30. Ce combat pour atteindre  les 20 lavabos pour plusieurs centaines de femmes, ou se frayer un chemin pour recevoir une ration d’erzats de café. Les interminables appels par tous les temps, les travaux exténuants de déchargement de wagons ou de péniches de charbon, de terrassements souvent inutiles, la faim causée jour et nuit par une alimentation insuffisante pour compenser les dépenses d’énergie de leurs journées n’ont eu pour seul but que de les éliminer à petit feu. C’est d’ ailleurs la cause principale des décès, cette sous-alimentation qui mène à l’épuisement total ces femmes exposées au froid et aux intempéries.

Dans cette période, des centaines de femmes sont arrivées enceintes à Buchenwald. Nombreuses sont celles qui sont mortes pendant leur accouchement. Mais pour les autres,  elles ont dû assister à la mort de leur enfant par noyade, étranglement ou par manque de soins et d’alimentation au bout de quelques semaines seulement. Le chiffre de 850 naissances est donné pour 1944 et 1945. En fin d’année 1944 et début 45, devant l’avancée des troupes soviétiques d’une part et des Américains d’autre part, les femmes des autres camps sont regroupées et arrivent par milliers à Ravensbrück où rien n’avait été prévu pour une telle situation

A l’extermination lente et voulue succède alors l’extermination systématique et organisée: L’extermination directe obtenue par les  sélections qui conduisent à la chambre à gaz, à la fusillade, à l’empoisonnement par piqûres de doses mortelles. L’extermination indirecte dans des lieux où sont abandonnées des centaines de femmes âgées ou inaptes au travail, par exemple, sous une immense tente dressée entre deux blocs. Elles sont couchées à même le sol, presque sans nourriture, sans eau sans sanitaires. La plupart d’entre-elles sont atteintes de maladies contagieuses. La mort les délivres de leurs souffrances et les nazis n’ont plus qu’à compter les cadavres.

Il  existe aussi les punitions mortelles où elles succombent sous les coups de schlagues, les pendaisons pour sabotage, les victimes d’expérimentations pseudo-médicales, les femmes mortellement attaquées par les chiens policiers, les femmes massacrées pendant les marches de la mort. C’est  au milieu de cette  tourmente, de cet enfer,  que  des femmes font le rêve, si elles s’en sortent de créer  une rose  à la mémoire de celles  qui ne reviendront pas. Parce qu’un lien indescriptible les unit à celles qui ne rentreront pas.L’une de ces femmes Mme Dudach-Roset a porté ce projet jusqu’à sa rencontre en 1974 avec un créateur de roses, Mr Michel Kriloff.

 

En 1975, date du 30ème anniversaire de la libération des camps de concentration, cette rose  démultipliée va semer la paix aux 4 coins de France au pied des monuments comme ce fut le cas au Mans place Aristide Briand, avec pour message « Plus jamais de fascisme, plus jamais la guerre ». Mais les années passent et les commandes disparaissent, ce qui entraîne  l’arrêt de la production,En 2004, L’Amicale de Ravensbrück prépare le 60ème anniversaire de 2005 et constate que les rosiers porteurs de « Résurrection » ne sont plus diffusés.

Mais cela, il n’y a que les initiés qui le savent. En 2008, les élèves du lycée Funay-Hélène Boucher préparent leur voyage à Ravensbrück   (voyage réalisé avec le Prytanée et le lycée Montesquieu). Ils découvrent dans les documents l’existence de ces rosiers et prévoient d’en rapporter. Hélas, non seulement ils n’ont pas rapporté pas de rosiers, mais ils ont appris par l’Amicale de Ravensbrück que le rosier n’existait plus. Des démarches et des recherches ont été effectuées pour le relancer. Ces démarches commencent en Loire Atlantique où Mme Christine Cabale témoigne de son vécu à Ravensbrück devant des élèves du lycée horticole de Guérande et leur parle de la situation des rosiers. Aussitôt, un projet pédagogique est lancé : faire renaître cette rose « Résurrection ». Les 200 premiers rosiers sont ainsi produits après obtention des autorisations nécessaires. En 2009 et  2010, c’est la renaissance de « Résurrection », la rose de Ravensbrück. La roseraie Orard de Faizain près de Lyon se charge de leur production.

En avril 2011, nous apprenons enfin la possibilité de commander ces rosiers que nous allons placer ici sur cet emplacement mis à notre disposition par le service des espaces verts de la ville du Mans.En 1945, les survivantes ont rêvé de célébrer la paix, de rendre hommage à celles qui n’ont pas survécu, mais aussi de transmettre à nos générations un message de vigilance. Ce sont donc ces femmes qui sont honorées aujourd’hui. Cette rose « Résurrection »  qui fleurira au printemps prochain sera le symbole de leurs souffrances, et s’ouvrira sur un  véritable message de paix."

Yves Voisin au nom de l’Amicale de Ravensbrück.