A l'initiative du Maire et du Conseil Municipal de Moncé-en-Belin, le 11 novembre 2012, 43 rue Jean Fouassier, sera inaugurée une plaque à la mémoire de Marcel Paul, élevé dans cette commune, ancien ministre de la production industrielle dans le premier gouvernement du Général de Gaulle de 1945.

A cette occasion, vous trouverez dans cet article des détails sur la jeunesse de Marcel Paul et un bref résumé sur le chemin parcouru  jusqu' à son arrivée au gouvernement.

 

Le « pitau », de Moncé-en-Belin au Ministère. 

 

C’est une maison simple au milieu du village de Moncé-en-Belin, mais surtout, au carrefour  d’une vie exceptionnelle, celle d’un ‘’Pitau’’ arrivé là après avoir été abandonné dès sa naissance le 12 juillet 1900 à Paris.

Remis à l’Hospice de Saint-Vincent-de-Paul où il ne reste que quelques jours, il est ensuite transporté en train et dirigé sur Ecommoy qui est depuis 1887 une circonscription de placement nourricier des pupilles. Comme la plupart des ces nourrissons, il est remis à une nourrice agréée dans une famille d’accueil, souvent des ouvriers agricoles ou des paysans pauvres.

C’est le cas de cette première famille où un incident ayant entrainé la perte  du collier officiel d’immatriculation déclenchera la visite des gendarmes (déjà) et son transfert dans le même village, au 43-43bis de la « rue Principale du Bourg à Ponthibault », chez une mère nourricière, Julie-Adrienne Quibrat qui le fit aussitôt baptisé sans savoir qu’il l’avait été déjà deux fois.

 

Les années passent et on le retrouve inscrit au catéchisme sous le nom de Marcel Dubois(1) avec son copain Roger Rousseau. Il est classé premier avec semble-t-il de très bonnes notes en histoire sainte. C’est d’ailleurs lui qui doit réciter un compliment à la venue de l’évêque, mais ce misérable ‘’pitau’’ est remplacé par un enfant de bonne famille chrétienne qui fournit le pain béni à l’église. C’est ainsi, devant cette injustice, que Marcel décide de rompre définitivement avec la religion…

Dans la même période, c’est un couple d’instituteurs, Mr et Mme Rolin, qui seront à l’origine de l’instruction de Marcel. Ils le prendront en affection jusqu’aux épreuves du certificat d’étude passé avec succès à Ecommoy, et seront les premiers à lui inculquer les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.

Nous sommes déjà en 1913, et à Moncé le conseil municipal est républicain de tendance Caillaux. La loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat est encore récente. C’est une bataille politique où se mêlent les combats entre l’école privée et l’école laïque.

C’est cette année-là, qu’à la Saint-Jean, Marcel est loué à son premier cultivateur nommé Piquet. C’est aussi l’époque de sa première révolte, mal nourri, où il se rebiffe, « s’évade » et refuse de retourner chez ce patron.

 

En 1914, les hommes partent à la guerre. Marcel est de ceux qui les remplacent pendant ces années où le monument aux morts du village se couvrira de 33 noms de ses enfants disparus dans cette tourmente.

«Il travaillait dur à 15 ans, c’est lui qui menait la ferme» chez le dénommé Picouleau comme devait en témoigner Roger Rousseau. Une rencontre avec le Docteur Estrabaud,  d’Ecommoy, va permettre de résoudre les problèmes de santé de Marcel, mais il en retiendra surtout le conseil qu’il lui donne : « il faut savoir ne pas accepter son sort »                                                 

Témoin de la misère et des conséquences de la guerre, Marcel adhère discrètement aux jeunesses socialistes dont la fédération départementale est menée à l’époque par Olivier Heuzé.

En 1919, l’Assistance Publique donne une ‘’ autorisation’’ d’engagement ‘’volontaire’’ pour 4 ans sans que Marcel en soit informé et le 4 avril de cette même année, Il se retrouve engagé dans la marine. C’est alors le départ définitif du belinois puisqu’il se retrouve en mer dès le18 juillet 1919 sur le cuirassé d’escadre le « Diderot ». Il y apprend le métier d’électricien et quitte la marine le 4 avril 1922 avec le grade de quartier-maître

A son retour dans le civil, c’est son métier qui va lui faire connaître le monde du travail et la confrontation aux injustices ainsi qu’à la lutte des classes. En 1923, il entre à la compagnie parisienne de distribution d’électricité, décision importante pour la suite de sa carrière.

Dès cette période, c’est un tourbillon d’activités qui l’entrainent dans les plus hautes responsabilités de niveau national à la CGTU et au Parti Communiste Français qui le désignera conseiller municipal de Paris en 1935.

 

1939 est une année pénible pour lui, avec les conséquences du traité de non agression et sa mobilisation en septembre sur le ‘’Richelieu’’ qui se termine par son exclusion de la marine en 1940. Envoyé au front, fait prisonnier sur la Loire, il s’évade, devient clandestin, passe au Mans où il est hébergé, puis à Nantes où il rejoint et organise les prémices d’une Résistance sur la région.                  

C’est le 13 novembre 1941 qu’il est arrêté par une nuée d’inspecteurs. Il subit la torture à la prison de la Santé et est interné au bagne de Fontevrault, puis à la prison de Blois. Il fut déporté en avril 1944 à Auschwitz puis à Buchenwald où il jeta les bases, avec le gaulliste Frédérique Manhès, du futur Comité des Intérêts Français, véritable organisation de Résistance à l’intérieur même du camp.

En Avril 1945, c’est le retour des déportés et il est élu député en novembre puis nommé ministre de la production industrielle dans le 1er gouvernement du général De Gaulle. Dès que possible, il lance la bataille de la nationalisation du gaz et de l’électricité, il l’obtient y compris le statut des personnels comprenant, entre autre, le « Conseil Central des Œuvres Sociales » géré uniquement par le personnel.

En 1945 et 1946, il revient brièvement à Moncé-en-Belin où il impressionne par sa gentillesse en déposant des fleurs sur la tombe de « la mère Quibrat ». Il garde ensuite le contact avec Mme Renaudin, la postière de Moncé et intervient régulièrement pour les pupilles de l’Assistance Publique.

Suzanne Barès, sa compagne, aimait à raconter comment il s’était fait refouler en arrivant à son ministère dès sa nomination, les huissiers croyant avoir à faire à un indigent.

Le « Pitau » du 43 rue Jean Fouassier était resté simple et au service des autres, comme il le restera toute sa vie jusqu’au 11 novembre 1982.

 

Yves Voisin

Conseiller municipal

Membre de la Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes

 

(1)    Nom de sa mère Marie Clémentine Dubois