Cette semaine, nous consacrons notre rubrique "Questions à..." à M. Richard GERMAIN, secrétaire général du syndicat CGT - Renault Le Mans

 

1. En plus de la Région des Pays de la Loire et du Département, les élus de Le Mans Métropole, à l’exception des élus Front de Gauche et Verts, ont voté une aide financière de 450 000 euros à ACI-Renault dans le cadre d’un programme de Recherche et Développement.

Pouvez-vous nous dire en quoi consiste ce programme de Recherche et Développement ?

La direction de Renault Le Mans dit qu’il s’agit d’un programme de recherche exclusif alors qu’en réalité, il ne s’agit que d’une adaptation et d’une appropriation du produit Traverse Profil Fermé que nous utilisons déjà aujourd’hui pour assembler en mécano-soudure les essieux de la gamme Mégane/Scénic (ces actuelles Traverses à Profil Fermé proviennent aujourd’hui de chez un fournisseur français).

A partir du moment où la direction de Renault Le Mans a fait le choix de prendre la main sur la fabrication de cette pièce en interne, oui il faut concevoir et développer le process de fabrication. En soi, c’est du ressort de la marche normale de l’entreprise, et si chaque fois qu’une nouvelle fabrication arrivait dans l’entreprise il fallait que l’entreprise prétexte un programme de Recherche et de Développement pour obtenir des subventionnements publics, les collectivités se transformeraient alors en service achat pour Renault.

2.  La CGT s’est positionnée contre l’octroi de cette aide. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?

Il faut je crois bien préciser que notre organisation syndicale s’est positionnée tout à fait favorablement pour le projet industriel mais contre son subventionnement public. Je le dis, parce qu’il est assez tentant pour certains de faire un raccourci pour déclarer que ceux qui se positionnent contre l’octroi de l’aide publique sont forcément contre le projet !

Si nous nous sommes positionnés contre cette aide des collectivités, c’est en premier lieu parce que RENAULT est une entreprise privée en bonne santé financière. De ce point de vue, il apparait complètement indécent d’avaliser l’octroi de fonds publics alors que l’entreprise a largement les moyens de financer son projet.

D’autre part, la direction de Renault Le Mans a annoncé dans le paquet « cadeau » de ce projet, l’embauche de 45 personnes entre 2012 et 2014. Ce chiffre est d’abord minime pour une entreprise comme la nôtre qui voit partir chaque année plusieurs dizaines de salariés en départ dits naturels (Démission/Décès/Départ en retraite).

Mais aussi parce que depuis le financement public à hauteur de 2 millions d’euros pour le nouveau chantier de fonderie de l’usine en 2006, ce sont 400 emplois qui ont été perdus sur notre site.

Comment alors ne pas être plus vigilants pour aider publiquement une entreprise qui déjà par le passé n’a pas tenu ses promesses en termes d’emplois ?

Voilà pourquoi nous continuons d'affirmer que les aides publiques accordées aux entreprises mériten un vrai débat public sur le fond, et si tant qu'elles étaient justifiées, quels sont les engagements pris de part et d'autre ? Sous quelle(s) forme(s) ? Quels moyens publics permettent effectivement d'en assurer un suivi rigoureux avec remboursement si les engagements ne sont pas tenus ?

Pour terminer sur cette question, puisque dans l'actuelle période, il est demandé à tous les niveaux des territoires de faire des efforts pour la réduction des dépenses publiques (santé, éducation, services publics..), ce financement public est pour nous syndicalistes d'autant plus contestable. En somme, pendant que les uns doivent se resteindre sur des besoins vitaux inhérents à la cohésion sociale, de l'argent public est mis sur la table pour que des entreprises privées comme RENAULT puissent avoir des projets rentables. Est-ce la finalité des ressources issues des contribuables ???

3. Comment ACI-Renault aurait-elle pu financer son programme de recherche ?

Premièrement, il faut rappeler que le groupe Renault possède une trésorerie disponible de plusieurs milliards d’euros.

Ensuite, comme cela nous a été déclaré par la direction de l’usine du Mans, ce n’est pas tant le projet et son programme de recherche qu’elle a cherché à financer, mais sa rentabilité ! De fait, pas de risque à prendre le projet est sûr d’être déjà rentable !

En définitive, ces dernières années l’entreprise Renault a su montrer un certain nombre de profits. À quoi servent alors les profits réalisés ? N’ont-ils pas vocation pour une part à moderniser l’outil de production et soutenir les projets de l’entreprise ? Résolument, la CGT RENAULT estime que l’entreprise a ici les moyens de financer ses programmes de recherche.