L'amendement Wallon est adopté le 30 janvier 1875 par l'Assemblée nationale, après que sa formulation a fait l'objet de longues discussions. Il stipule que "le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et par la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. Il est élu pour sept ans. Il est rééligible." Il consacre la nature républicaine du régime, initialement pensée comme provisoire, et initie la série des lois constitutionnelles de 1875. Pour comprendre comment Henri Wallon, député monarchiste, devient celui qui entérine le régime républicain, il faut se replonger dans les rapports de forces entre les tendances politiques de l'époque.

Les élections de 1871 se sont tenues après la chute du second empire en situation de guerre. Elles ont porté sur deux enjeux inextricables : la nature du régime et la poursuite de la guerre, défendue par les républicains contre les monarchistes. Dans un pays aspirant majoritairement à la paix, les monarchistes ont emporté une large majorité à la chambre, qui adopte un agenda fondé sur le rétablissement de l'"ordre moral".

La nature républicaine du régime apparaît alors menacée. Toutefois, la majorité royaliste est divisée. De surcroît, la proclamation de la Commune de Paris, en 1871, réprimée dans le sang, fait craindre une insurrection en cas de rétablissement de la monarchie. Aux élections intermédiaires, et notamment aux municipales de 1874, la nette percée républicaine montre que la victoire des monarchistes trouvait essentiellement sa source dans le désir de paix. Les républicains parviennent à imposer progressivement leurs conceptions constitutionnelles.

La peur de l'agitation pousse les monarchistes à se ranger aux conceptions républicaines. Dans le même temps, les républicains se font moins radicaux, notamment sur le plan social. La République ainsi proclamée est donc pensée comme un instrument de maintien de l'ordre plutôt que de transformation révolutionnaire. Elle offre pourtant un espace à l'expression des antagonismes de classe et aux revendications socialistes, espace qui sera utilisé par la gauche au cours des décennies suivantes.