Georges, nous sommes réunis pour te rendre un hommage sincère et du fond du cœur, comment pourrait-il en être autrement, toi qui a tant donné pour tes camarades de déportation par ta générosité et ton dévouement.

Si quelques mots devaient décrire ta personnalité, ils seraient : Solidarité, Fidélité, Engagements, générosité.

Né en 1922 dans une famille de 10 enfants tu travailles dès l’âge de 13 ans comme garçon de ferme, puis comme journalier de 18 à 20 ans, âge de ton arrestation suite à la manifestation du 6 mars 1943 au Lude, acte de Résistance civile à l’initiative de quelques opposants au nazisme comme André Le Bouffant, Rodolphe Perdrieux et Jean Chapin.

Cette journée du 6 mars est restée gravée dans l’histoire du Lude, mais surtout dans ta mémoire comme la décision d’une révolte contre les autorités de Vichy et de sa collaboration avec l’Allemagne nazie. Ils voulaient vous envoyer travailler  dans les usines d’armement pour remplacer les ouvriers allemands partis sur le front de l’est et décimés devant Stalingrad.

Arrêtés le 7 mars comme meneur, brutalisé, transféré au Mans puis interné à Compiègne, tu seras déporté vers l’Autriche à  Mauthausen où tu arrives le 22 avril après 3 jours et 2 nuits passés en wagons plombés dans des conditions inhumaines d’hygiène de faim et surtout de soif.

A l’arrivée, c’est la quarantaine au camp central de Mauthausen, période que tu savais si bien décrire avec ton camarade Rodolphe Perdrieux. Vous êtes tondus, les chiens vous mordent, les SS vous frappent, et vous dormez à même le sol serrés comme des sardines.    Puis c’est le Kommando de Loibl-Pass où tu resteras avec Rodolphe Perdrieux et Jean Chapin.

Après 24 mois à creuser un tunnel 12 h par jour dans le froid et l’humidité, à plus de 1000m d’altitude, vous êtes libérés par les partisans de Tito. Le 8 mai 45, tu rejoins et suit des éléments de la 8ème armée anglaise. Ils te soignent car tu es rendu presqu’aveugle par des furoncles. Avec eux tu rejoins l’Italie, passes par Rome, fais escale à Naples, et tu es enfin rapatrié sur un contre-torpilleur jusqu’à Marseille le 8 juin 45 pour rejoindre Paris et l’hôtel Lutétia où les contacts avec les familles de disparus te bouleversent énormément. Tu arrives enfin au Lude le 10 juin suivant…près d’un an après la libération du Mans

Tu apprendras vite que sur les treize déportés de l’affaire du Lude, sept ne reviendront jamais.

Tu apprendras aussi les serments prononcés, le jour de leur libération, sur les places d’appel des camps de Mauthausen et de Buchenwald. Il y était question de construire un nouveau monde, mais aussi de se souvenir des millions de tes frères assassinés par le fascisme nazi, que leur martyr ne serait jamais oubliés, et qu’ensemble, jusqu’au bout, les survivants combattraient les fléaux que sont pour l’humanité, l’antisémitisme, le racisme et la haine de l’autre.

Est-ce à la mémoire de tes sept camarades ou aux serments prononcés à la libération des camps de Mauthausen et de Buchenwald ?  Toujours est-il  qu’après la consolidation de ta santé jusqu’en octobre 1945, tu prends contact avec la Fédération Nationale des Centres d’Entraide des Internés et Déportés Politiques, ancêtre de la FNDIRP fédération qui devait voir le jour fin 45 début 46.

Tu rejoins l’Association départementale présidée alors par le Résistant de l’Armée Secrète  Camille Delétang puis par Raymond Adelet, ancien de Buckmaster. Tu participes à tous les objectifs de cette association, à commencer par l’entraide avec les rescapés les plus démunis et l’obtention de leurs droits à réparation.

Sur le plan mondial, le contexte est à la guerre froide et cela a des répercussions sur le monde associatif qui se scinde en fonction des affinités politiques, c’est bientôt la scission à l’intérieur même de la FNDIRP, une séparation entre les camarades de camps que tu n’as jamais acceptée, tu as toujours espéré une réunification entre tous ceux qui avaient vécu les mêmes souffrances dans les camps de répression.

Avec ta famille, tu as donné du temps et des moyens financiers pour les œuvres médico-sociales de la fédération, la clinique Frédéric-Henri-Manhès, le dispensaire Alice Grospérin, la maison de retraite Marcel Paul, le centre de réadaptation professionnel Jean Moulin. Tous ces établissements réalisés par et pour tous les déportés.

En tant que membre du Comité National, tu as participé à toutes les décisions de poursuites et de recherches des criminels nazis et des responsables de la collaboration passés au travers des mailles de la justice (la fédération s’est portée partie civile dans de nombreux procès dont celui de Papon).

Tu as fait partie de ceux qui ont sauvé le camp central de Mauthausen pour en faire un mémorial auquel tu as rendu visite de multiples fois en accompagnant des délégations, des scolaires ou des adultes.

Sur le plan local, tu as eu à cœur de porter notre drapeau pendant des décennies aux cérémonies et aux sépultures de tes camarades.

Ta participation à tout ce qui avait un lien avec la Résistance et la Déportation, les témoignages toujours appréciés pour leur sincérité, dans le cadre du Concours National de la Résistance et de la Déportation, la mémoire des fusillés avec l’association Coëffort-Chateubriand, l’AERIS lancée en 2002 à laquelle tu adhères sans réserve puisqu’elle regroupe nos associations sur l’objectif commun de sauvegarder le lieu de mémoire de « La prison des archives »

De 1945 à nos jours, tu auras été la mémoire de notre association le personnage central sur qui nous pouvions compter à tout moment.

Ton dernier engagement a pour nous une valeur exemplaire. A 90 ans tu as demandé ton adhésion aux Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, ainsi, bien avant d’autres, tu as compris la nécessité de passer le témoin aux nouvelles générations par l’intermédiaire de ceux qui vont écrire l’histoire de cette tragédie du 20ème siècle. Ils s’appuieront sur les archives et les témoignages de celles et ceux qui  ont traversé ce siècle.

Georges, tu es resté solidaire de tes camarades, fidèle aux idéaux de la Résistance, généreux dans tes engagements et le don de ta personne, l’assistance ici présente t’en remercie aujourd’hui.