Le décret d'abolition de l'esclavage, impulsé par le sous-secrétaire d'Etat à la marine et aux colonies Victor Schoelcher, est signé par le gouvernement provisoire de la République.

D'abord aboli sous la première République, l'esclavage avait ensuite été rétabli en 1802 par Napoléon, revenant progressivement sur les conquêtes politiques de la Révolution. Evoquée en terme de vagues sous la monarchie "libérale" de Louis Philippe, l'abolition de l'esclavage est mise à l'agenda du gouvernement républicain dès son entrée en fonction.

Le décret qui contrecarre d'importants intérêts économiques se heurte à une vive opposition des milieux esclavagistes notamment dans les colonies. De nombreuses mesures administratives sont prises pour en limiter les effets. Pour éviter des troubles excessifs, l'abolition ne s'applique ni à l'Algérie, pourtant déclarée partie intégrante de la République, ni aux esclaves d'éventuelles futures colonies. Par ailleurs, une loi d'indemnisation des propriétaires d'esclaves est votée en 1849.

Le décret n'empêche pas l'esclavage de continuer à exister de fait dans de nombreuses possessions françaises, sur lesquelles le gouvernement de la République ne peut exercer qu'un contrôle lointain. Par la suite, le second Empire, s'il ne rétablit pas formellement l'esclavage, ne met pas un zèle particulier à faire appliquer les décrets d'abolition. C'est uniquement sous la troisième République que ceux-ci peuvent pleinement faire effet, grâce à une administration à la fois efficace et dévouée à leur mise en oeuvre.

Inachevée en 1848, l'abolition de l'esclavage ne signifie bien souvent que la substitution d'un régime d'exploitation à un autre. La France reste une puissance coloniale, et continue à élargir son empire. Pour autant, la dénonciation de la "République coloniale" oublie que lutte contre l'esclavage et républicanisme ont historiquement toujours marché de pair. Egalitaire par essence, la République abat les barrières entre les hommes et trahit ses valuers fondamentales lorsqu'elle contribue à les ériger ou à les maintenir.

A ce titre, la date du 27 avril 1848, si elle n'est qu'une étape dans un processus long et complexe, a d'abord valeur de symbole.