DSC_0043-1a.jpg

Retrouvez ci-dessous l'intégralité de l'intervention de François EDOM, notre collègue adjoint aux Sports, au sujet de l'aide financière accordée par la Ville du Mans au Mans FC :

 

"Monsieur le Maire, mes cher-es collègues,

Je commencerai mon intervention en attribuant d’abord un carton rouge au foot business tel qu’on le voit depuis au moins une dizaine d’années et qui semble-t-il, avec un endettement ou un déficit colossal, va dans le mur.

Nous avions cru comprendre qu’un club de football professionnel était avant tout une entreprise privée, gérée selon les règles de l’entreprise, et nous constatons aujourd’hui que, comme dans d’autres secteurs de l’économie, quand tout va bien et que l’argent coule à flot, il y a privatisation des profits, mais quand ça s’effondre, alors là il faut socialiser les pertes !

Si le modèle économique du football français et européen n’est pas viable, il doit se renouveler et ne doit pas reposer principalement sur les recettes provenant des transferts des joueurs et l’évolution des droits télé.

Le football européen vit clairement au-dessus de ses moyens. Ceci résulte entre autre de l’arrêt Bosman qui a créé un vaste marché intérieur des joueurs et a permis leur circulation dans l’Union Européenne, sans les mécanismes de régulation nécessaires à cette évolution.

La suppression des quotas de joueurs mondialisés dans les clubs de football et le versement d’indemnités de transfert, couplées à l’absence de contrôle, ont entraîné le football vers les dérives du libéralisme économique et du marché.

Et le risque d’implosion du football européen est bien réel ! En 2010, les clubs européens affichaient un endettement de 6 milliards d’euros, soit 1 milliard de moins que sa masse salariale qui s’élevait alors à 7 milliards d’euros. Et bien sûr cette situation ne s’est pas améliorée depuis !

Au-delà de ce constat, ce qui nous inquiète aussi, c’est que cette situation risque d’entrainé tout le milieu amateur !

Les clubs de football bénéficient d’une dérogation aux normes comptables en vigueur dans les autres secteurs d’activités. Cette dérogation leur permet d’intégrer les contrats de joueurs à l’actif de leur bilan et est de nature à masquer leur situation économique réelle.

D’autant plus que pour les clubs français, l’équilibre est très fragile ! ll suffit d’une baisse des droits télés et d’une baisse des recettes des transferts pour que les comptes basculent dans le rouge !

A tout ceci s’ajoute le fait que la rentabilité économique ne fait pas forcément bon mariage avec la compétition sportive. La première recherche des résultats prévisibles, et la seconde repose au contraire sur l’incertitude et l’aléa sportif qui est le principal ressort de la popularité de ce sport.

Aléa qui d’ailleurs s’émousse puisque les résultats sportifs sont le plus souvent corrélés au chiffre d’affaire, au moins pour les grands clubs européens.

Aujourd’hui, tous les joueurs, et surtout les bons, passent comme des météores et sont surpayés, à tel point qu’une distance commence à s’installer avec les supporters. Il y a là un risque de voir ce sport se dépopulariser !

Dès lors, il convient de redéfinir les relations entre les pouvoirs publics et les clubs de football car nos collectivités ne pourront pas se résoudre à être sous emprise financière de leurs clubs.

Elles ne peuvent venir en secours à un secteur d’activité dont les difficultés financières sont  essentiellement liées à un système dérégulé.

Comme nous l’avons expliqué auparavant, cette dérégulation libérale a entraîné cette inflation irraisonnée de la masse salariale et une explosion du montant des transferts.

Depuis le mois de mars, pris dans cette tourmente, nous avons à faire à un feuilleton des plus instables qui oscille entre le pire et le moins pire du jour au lendemain ! Nous avons à faire à des scenarii qui laissent plus ou moins planer la perspective d’un recours aux collectivités territoriales que nous considérons comme anormal !

Nous n’allons pas faire avec les clubs de foot ce que les pouvoirs publics ont fait avec les banques, et assister à nouveau à la socialisation des pertes après la privatisation des profits !

Pour l’instant, notre collectivité a su se tenir à l’écart de cette éventualité, et nous souhaitons qu’elle poursuive dans cette voie.

En tout cas, notre groupe émet les plus grandes réserves pour l’avenir et souhaite évidemment que la ville ne soit pas impliquée financièrement au-delà des 100 000 euros de ce soir.

Aujourd’hui, il s’agit par notre vote positif de permettre au club de terminer sa saison sportive. Et dans le contexte actuel de l’austérité imposée, ce n’est pas rien !"

François EDOM