Dans un Chili qui, après plusieurs années de dictature, est confronté à une série de coups d'Etat et où chaque groupe politique tente d'imposer sa conception du pouvoir, un groupe de militaires rebelles prend le 4 juin 1932 le contrôle du palais présidentiel et proclame la République Socialiste du Chili. La formulation la plus synthétique des objectifs du nouveau gouvernement tient dans la phrase suivante : "donner à manger au peuple, donner des vêtements au peuple, donner un logement au peuple, en entandant par "le peuple" l'ensemble des citoyens sans distinction de classe ni de parti." Ces objectifs doivent être atteints notamment par les moyens de l'annulation des dettes et de la redistribution agraire.

Le 16 juin, une grande manifestation ouvrière a lieu pour soutenir le gouvernement dont le discours et les premières actions suscitent l'enthousiasme du prolétariat chilien. Dans la crainte d'un durcissement de l'orientation révolutionnaire de la république socialiste, un autre groupe d'officiers prend à son tour le contrôle du palais présidentiel, séquestrant plusieurs ministres. La république socialiste prend ainsi fin après seulement 12 jours. S'ensuit une période de plusieurs mois d'anarchie, pendant laquelle les coups d'Etat se succèdent et les mesures autoritaires se multiplient. La censure de la presse est rétablie, et l'état d'urgence décrété.

La nature réellement " socialiste" de l'éphémère république chilienne a été l'objet de controverses, aussi bien à l'époque qu'ultérieurement. Si le coup d'Etat fait suite à d'importantes mobilisations populaires, il n'en reste pas moins dirigé par des militaires, et sa forme rappelle davantage la tradition caudilliste de l'Amérique Latine que les révolutions démocratiques caractéristiques du mouvement ouvrier. Le parti communiste chilien dénonce ainsi les promesses de la junte comme fallacieuses, appelle au pouvoir des soviets et à la constitution d'un gouvernement ouvrier et paysan.

Durant les 12 jours de son action, la junte aura pourtant amnistié tous les condamnés pour délits poltique, annulé les dettes contractées auprès de la Caja de Credito popular et promis l'élection d'une Assemblée constituante. Dans la mémoire de la gauche chilienne, la république socialiste reste donc largement perçue positivement.