Le Parlement vient d’adopter  par un vote unanime de l'Assemblée nationale, une proposition de loi sénatoriale visant à instaurer la date du 27 mai comme journée nationale de la Résistance.

La date choisie, le 27 mai, est la date anniversaire (1943) de la première réunion du Conseil national de la Résistance (CNR) dirigé par Jean Moulin. Cet acte fondateur a impulsé une organisation plus efficace de la Résistance tout en initiant une réflexion qui a débouché sur l'élaboration du programme du CNR.

A quoi correspond cette journée de la Résistance ?

 Il y a 70 ans Le 27 mai 1943, la Résistance se regroupait au sein du Conseil de la Résistance présidé par Jean Moulin.  Cette instance regroupe alors les forces politiques et syndicales engagées dans la lutte contre l’occupant. Elle deviendra le Conseil National de la Résistance en novembre 1943.

Sa première réunion se tient au 48 rue du Four à Paris chez René Corbin, ancien membre du cabinet du ministre socialiste Pierre Cot.

Participent à cette réunion autour de Jean MOULIN de  Pierre Meunier et de Robert  Chambeiron huit  représentants des grands mouvements de

Résistance, 2 syndicats : CGT et CFTC et les six principaux partis politiques de la 3ème République.

Le général de Gaulle informé par « Rex » en mesure toute l’importance. Il le résume ainsi dans ses Mémoires de guerre : « J’en fus à l’instant même plus fort tandis que Washington et Londres mesuraient sans plaisir mais non sans lucidité, la portée de cet événement ».

Près d’un an plus tard, le 15 mars 1944, émergeait le programme du CNR. Il unissait les communistes, les gaullistes et des républicains de toutes sensibilités, de droite et de gauche, des royalistes, des syndicalistes, pour reconquérir l’indépendance nationale, rétablir la République et reconstruire la France dans une perspective d’émancipation nationale, de progrès social, d’éradication du fascisme et du racisme, de nationalisation démocratique des banques et des grandes industries, de coopération pacifique entre les nations libérées du nazisme.                                                                                                                                                                                                                                                            

En fait, ce programme est présenté en 2 parties : 

La première se nomme « Plan d’action immédiate », et concerne l’organisation de la Résistance pour libérer la France. « Avant Jean Moulin, il y avait des résistants, après lui, il y avait la Résistance ».

La deuxième sous le titre « Mesures à appliquer dès la libération du territoire » comprend les mesures suivantes :

 

A) SUR LE PLAN ECONOMIQUE ;

• l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie.

une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général. 

• l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’Etat après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;

• le retour à la Nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;

• le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ;

• le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.

 

B) SUR LE PLAN SOCIAL ;

• le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ;

• un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;

la garantie du pouvoir d’achat national par une politique tendant à la stabilité de la monnaie ;

• la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale.

Un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’Etat ;

• la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;

• l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique des prix agricoles rémunérateurs,…

• une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;

• une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations étrangères.

• la possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer.

Où est l’esprit de Jean Moulin et du CNR aujourd’hui ?

 « Si l’on parle aujourd’hui encore de ‘’l’exception française’’, du ‘’modèle social français’’, c’est parce que notre système social est issu de ce texte fondateur »

Mais les forces principales représentant les intérêts du capitalisme français qui avaient du reculer et perdre leurs avantages n’ont jamais désarmé et essaient de reprendre aujourd’hui ce qu’elles ont perdu en 1945.

« Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du CNR(…) le gouvernement s’y emploie. »

Denis Kessler ancien vice-président du Medef, Challenges 4 octobre 2007.

 

Yves VOISIN le 21 juillet 2013

 

(1 ) Titre de la 1ère édition clandestine du programme du CNR pour le 24 mai 1944

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INITIATIVE A DOLLON ‘’AUTOUR DE LA TABLE’’

 

La table autour de laquelle se sont réunis les membres fondateurs du CNR se trouve au Musée de Musique Mécanique de Dollon, dont le conservateur, Mr Philippe Corbin est le petit fils d’Andrée et René Corbin.